flOw(er) – 3/6 : Saisir l’instant

flOw(er)

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Saisir l’instant

Un pot de fleur posé sur le rebord d’une fenêtre. La fenêtre d’un immeuble.

Cette fleur, à la robe jaune, semble éteinte. Triste.

La manette entre les mains, on s’avance. Plus exactement, on presse un bouton pour s’avancer. Pour se rapprocher. Doucement.

On insiste et continue d’avancer, tout prêt, pour enfin pouvoir écrire avec elle son histoire.

Des images défilent. La ville et son tumulte.

Est-ce le passé ? On clôt nos paupières. Ou bien le futur ?

On rouvre alors les yeux. Maintenant.

La fleur jaune se tient là. Entourée de milliers de brins d’herbe bercés tendrement par la brise. Un vert si dense qu’il met en valeur la robe lumineuse d’une fleur qui n’attendait plus que nous, pour s’éveiller.

Quelques notes de musiques susurrent l’amorce d’une mélodie.

Tout est si calme.

Pourtant, on sent qu’il nous faut agir. La réveiller.

Alors, sur la manette que l’on tient serrée entre nos mains, on presse timidement une gâchette.

On souffle, du bout des lèvres. Comme une caresse.

La fleur éclot, et une fine parcelle s’en détache. Faisant naître par la même occasion un son. Ce son annonçant ainsi la rupture définitive du lien maternel pour ce pétale, mais également le début de son périple en tant que jeune pollinisateur.

Fruit de l’impermanence, il n’est plus pour cette fleur. Mais il incarne désormais la vie pour des dizaines d’autres. Nous sommes maintenant son guide, pour lui souffler sa destinée. Une destinée faite de mouvements, d’éclosions, de caresses, de couleurs, de lumières et de vies liées.

Et puis on avance. On presse pour souffler plus fort, ou on relâche pour se laisser porter par une lente inertie.

On incline la manette vers soi pour grimper en flèche, puis on la prosterne humblement pour se rapprocher de la terre.

On prend confiance, on accélère. On virevolte, faisant chavirer les herbes, éclore les fleurs, garnissant ainsi de plus en plus notre éphémère écharpe florale.

A chaque contact perpétuant la vie, des notes de musiques résonnent dans cette chorale du mouvement.

La confiance acquise, nous sommes alors grisés. Par ces piqués au ras du sol obligeant les herbes à s’écarter avec délicatesse, puis par ce paysage qui se dessine au loin. Droit devant nous.

Un terrain bosselé, accidenté, et recouvert par un épais duvet verdoyant. Mouvant. Dansant. Attirant.

Alors on poursuit notre route, on distille la vie, on se faufile.

Soudain, on suspend notre course, on ralentit notre rythme. Et puis on plane. Tournoyant sur nous-mêmes dans ce cœur de pétales, le vent dans les oreilles et la musique se faisant plus diffuse, refermée sur nous-mêmes.

Comme filtrée par ce temps que l’on a su arrêter. Pour l’observer.

Car rien ne presse. Pas de course, pas de concurrent.

Pas de compteur de temps qui défile ostensiblement à l’écran pour nous attirer, comme aimantés, vers un objectif final.

On prend alors conscience que le plaisir est là.

Dans le voyage lui-même, et pas dans notre destination.

On apprend à s’arrêter. A contempler, à ouvrir les yeux et à être à l’écoute.

En cet instant où l’on a cessé de souffler sur cette farandole de pétales, que l’on observe dans cette valse immobile, on ne pense à pas à la suite, à ce qui se trouve plus loin.

On regarde ce qui est ici. Juste ici. Cette plaine aux formes imparfaites, irrégulières et vivante. Et on se laisser tomber doucement au creux de cette brise qui nous berce, dans cette chute inexorable nous menant vers le sol.

C’est un véritable instant de repos. Une pleine conscience de l’apaisement.

Le goût d’une sereine harmonie.

Et puis l’envie de mouvement nous reprend, alors on repart. Instinctivement. Spontanément. Sans effacer pleinement cette sensation de calme encore bien présente, puisqu’encore une fois : rien ne nous presse ni ne nous contraint à aller de l’avant. On ne fait que répondre à l’envie.

On file de nouveau, notre rivière de pétales zigzaguant sur le lit du vent, pour tenter d’apercevoir ce qu’il y a un peu plus loin.

Et à la fin de ce premier monde, dans cet « un peu plus loin », gît un arbre mort. Trônant au beau milieu d’un monticule de terre aux herbes blanchâtres. Découpant finement sa silhouette sur l’horizon bleu azur, rendant le contraste entre son écorce ténébreuse et la clarté du sol encore plus frappant.

Mais c’est ainsi. Cet arbre s’inscrit sûrement dans l’ordre naturel des choses, impermanentes et évanescentes. Il n’y a sans doute rien à faire pour changer cela…

Pourtant, après quelques rondes savamment orchestrées tout autour du maître des lieux, pour faire éclore des fleurs par dizaines, nous comprenons quel est notre véritable pouvoir : celui de faire renaître l’espoir à travers sa verte couleur.

Ce premier monde se conclut ainsi, l’arbre revit et s’exprime à nouveau grâce à son imposant feuillage.

Et à ses pieds, une nouvelle fleur se manifeste à la vie.

On rouvre alors les yeux.

Sur ce pot, au bord de la fenêtre d’un immeuble où une fleur vient d’éclore… et on aperçoit alors un autre pot, juste à côté.

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