Le cœur entre deux chaises [1999 – 2000]

Jeux Vidéo : La Passion des Émotions
Pages 125 – 129
Cet ouvrage a été rédigé au printemps/été 2010
Publié le 21/03/2011

LEVEL 2 : « L’évolution des émotions »

De la quête du « high-score » jusqu’aux larmes

Le cœur entre deux chaises [1999 – 2000]

Cette année 1999 sera marquée par deux bouleversements, et deux retours à la maison : celui d’un jeu et d’une console qui avaient déjà foulés quelques mois plus tôt le sol de ma chambre d’adolescent, dans leur version originale japonaise : Metal Gear Solid sur PlayStation, et la dernière console en date (et malheureusement pour toujours) de SEGA, la Dreamcast.

Avec Metal Gear Solid (1999), j’ai été complètement happé dans un univers mélangeant technologie avant-gardiste et réalisme tout à fait contemporain, véhiculant des messages politiques, écologistes et humanistes, en prenant part à une histoire dans laquelle les personnages sont totalement encrés : avec un passé, un présent (et un futur), développant même une généalogie complexe.
Ce Metal Gear Solid (MGS) pose les premières briques[1] « grand public[2] » d’une véritable saga. Sous-titré Tactictal Espionage Action, il s’agit du premier grand jeu d’infiltration. Apprendre à être discret, déjouer les rondes de gardes sans se faire repérer, surprendre des conversations… mais aussi combattre des Boss dans des duels mythiques.
Réalisé et mis en scène comme un film, doté d’une bande originale hollywoodienne, ce MGS ne s’est pas contenté de me donner l’impression pour la première fois d’être l’acteur totalement interactif d’un long métrage, mais il aura réussi à faire naître de l’empathie. Pour son héros, et sa souffrance vibrante jusque dans les soubresauts de la manette au cours d’une séquence d’interrogatoire (et de torture).


Solid Snake, infiltré

De l’empathie, aussi, pour ses personnages secondaires, comme pour la jeune recrue Meryl, et – une véritable première – y compris lors de la mise à mort de certains Boss (je pense par exemple à la triste fin de la belle Sniper Wolf).
Enfin, le jeu joue aussi avec le joueur. Il l’interpelle. Sort de l’écran. Brisant ainsi le 4ème mur qui sépare le joueur de l’œuvre : la confrontation contre Psycho Mantis, le Boss aux pouvoirs psychiques, qui « lit dans nos pensées » en nous targuant d’être trop prudent (si on avait réalisé un grand nombre de sauvegardes) ou très violent (si on a tué un grand nombre d’ennemis). Il ira même jusqu’à commenter nos goûts de joueurs (!) en inspectant le contenu de notre carte mémoire[3] à la recherche de sauvegardes d’autres jeux édités par Konami[4].
Dernier exemple de la main tendue par le jeu sur notre réalité, il nous sera conseillé de retourner le boitier (physique) du jeu lui-même afin de découvrir sur une image d’illustration, la fréquence radio indispensable à la poursuite de notre quête.
Des attentions à la fois géniales, et troublantes pour un jeu qui fera date dans l’Histoire des jeux vidéo.


Le puissant et déroutant Psychomantis

Dans un registre différent, sortait cette même année la Dreamcast, chant du cygne de SEGA dans le domaine des constructeurs de consoles (la société se dédiera quelques années plus tard exclusivement au développement et à l’édition de jeux).
Avec la course en braquages / contre-braquages de Sega Rally 2, un épisode en 3D des aventures du hérisson intitulé Sonic Adventure, les combats techniques à mains nues de Virtua Fighter 3 TB ou armés de SoulCalibur, le jeu de tir « sur rail » avec un pistolet en plastique contre les zombies de House of the Dead 2, les taxis fous de Crazy Taxi, ou les combats déjantés à quatre joueurs humains dans Power Stone (1999) : aucun doute, c’était l’arrivée de l’arcade à la maison !
Comme un pied de nez à la Neo-Geo que je n’aurais jamais pu m’offrir à l’ère des consoles 16 bits, cette Dreamcast transforme mon petit univers en salle d’arcade. Sans le bruit assourdissant des bornes alentours, ni les pièces de monnaies à insérer encore et encore pour poursuivre la partie. Les jeux sont colorés, beaux, magnifiques même. Ils sont vifs, faciles à prendre en main : et le plaisir est immédiat.
Mais à l’image du tutoiement des sommets émotionnels fondamentaux d’un Mario, la console, bien qu’extraordinaire, ne me fera pas explorer de nouveaux territoires sensoriels…


The House of the Dead, Sonic Adventures, SoulCalibur et Sega Rally 2

…jusqu’à la sortie de Shenmue(2000).
Jeu d’aventure aux ambitions démesurées, il nous transposait dans le corps de Ryo Hazuki qui cherchera à venger son père tué sous ses yeux. Transposer. Le mot est fort, pourtant il s’agit bien là de vivre cette histoire dans un Japon de la fin des années 1980 réaliste et vivant. Les rues marchandes grouillent de monde, chacun vaque à ses occupations. Ryo peut se rendre dans des magasins pour acheter des vivres ou des gadgets par pure collection. Il peut jouer à des jeux vidéo (d’époque !) dans une salle d’arcade, et devra même travailler sur les docks pendant plusieurs jours pour gagner de l’argent. Le temps a réellement son importance, certains événements n’étant possibles qu’à des horaires précis de la journée. Le calendrier avance et progresse réellement, si bien qu’il ne sera pas étonnant de voir de la neige en décembre ou un homme déguisé en Père Noël dans les rues du quartier de Ryo. Ce monde vit. Crédible. Sans attendre nos actions pour se mouvoir. Les interactions avec l’environnement sont, encore aujourd’hui, inégalées à ce niveau de détail. Dans la maison de Ryo, par exemple, chaque tiroir pourra être ouvert, chaque objet pourra être saisi dans la main et observé minutieusement, le téléphone pourra même être utilisé ou la lumière allumée.
Shenmue, au-delà d’une véritable histoire, c’est l’opportunité de participer à une tranche de vie, dans un monde que l’on ne peut que croire vivant. Un pas de plus franchi en direction de l’immersion.


Le personnage de Ryo Hazuki dans Shenmue


[1] La série Metal Gear existait déjà avant cet épisode, sans le suffixe « Solid » (pour Solid Snake qui en est l’un des personnages principaux). Le premier jeu estampillé « Metal Gear » est sorti en 1987 – notamment – sur la console NES de Nintendo. Il marqua le véritable point de départ de la saga.

[2] Grand public, mais surtout grande audience avec cet épisode sorti sur PlayStation, console « tendance » qui commençait à véritablement démocratiser le jeu vidéo.

[3] Sur PlayStation, les sauvegardes de notre progression dans les jeux étaient stockées sur des périphériques externes : les cartes mémoires.

[4] Société japonaise de développement et d’éditions de jeux vidéo, qui a édité Metal Gear Solid.

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  1. Stephanos
    23 mars 2011 à 18:43

    Un Grand Oui pour Metal Gear Solid qui comme tu dis nous affectionne pour nos ennemis et brise le 4ème mur. (On est même amenés à changer le port de manette pour combattre Psycho Mantis !)

    Question :
    Pourquoi ne cites-tu pas « Grandia » (sorti en 1997 puis réédité sur Playstation en 2000)
    « Final Fantasy VIII » (1999)
    et « Final Fantasy IX » (2001) ?

    • ippo
      23 mars 2011 à 21:22

      Je n’ai pas suffisamment joué à Grandia pour le citer.
      En ce qui concerne Final Fantasy VIII(que j’ai adoré pour son histoire d’amour avec Linoa) et Final Fantasy IX (que j’ai moins apprécié), je ne les ai pas cités parce que j’ai jugé, au moment d’écrire ce texte, que ces derniers ne m’avaient pas apporté de nouvelles émotions par rapport au VII. Les émotions sont différentes, mais elles restaient dans un registre similaire à mon goût. Là encore, ma mémoire m’a sans doute fait défaut (?), et cette liste ne se voulant pas exhaustive, il me fallait tenter d’extraire ce qui marquait une évolution sur le chemin des émotions au fil des ans.

      Après on peut aussi indiquer que je n’ai peut-être pas réussi à extraire tous les éléments. Mais je ne suis heureusement qu’un simple joueur à la mémoire parfois délicate en ce qui concerne des jeux faits une seule fois il y a une dizaine d’années :p. Mais cela reste néanmoins un ressenti tout à fait subjectif, donc.

      • Stephanos
        23 mars 2011 à 22:46

        Alors là (désolé c’est un ‘fanatique’ qui parle) Oui ta mémoire te fait défaut, cruellement.

        Mais je crois en ta mémoire, qui n’est après tout que le reflet des émotions que tu as du avoir il y a 10ans. Ces ressentis étant comme tu dis subjectifs, il serait abusif de ma part de te dire que tu es passé totalement à côté de 3jeux très chers à mon coeur.

        Cependant, sache FFVII, FFVIII, FFIX et Grandia à sa manière ont touché en moi quelque chose de si profond qu’à vrai dire, en les niant (même si tu évoques les points fondamentaux de FFVII) tu me mets dans la même position que Wanda à qui l’on ôterait sa bien-aimée : tu me rends prêt à tout.

        Avant de passer à l’offensive je préciserai plusieurs choses.

        Tout d’abord j’exclurai Grandia, un jeu dont je comprends qu’il puisse n’avoir pas sa place ici.
        Grandia n’a pas réellement opéré une révolution dans l’expérience du jeu-vidéo : sa force réside avant tout dans son charme et sa fraîcheur. Elle réside dans l’enthousiasme de ses personnages, leur pureté. Ainsi que dans des idées ingénieuses :
        par exemple le fait que Grandia mêle des dessins aux graphismes numériques à la manière de Vagrant Story
        ou bien encore le fait que Grandia soit le seul jeu où les personnages prennent le temps de manger ensemble entre deux aventures^^ Ce détail tout bête est énorme puisqu’il décuple la sensation de durée du temps et nous rend vraiment proche des personnages.

        Bref^^ l’autre point à noter est que je suis bien conscient de ta position : tu n’as rien contre la Saga ‘Final Fantasy’, elle a même pu te toucher un peu, parfois. Simplement tu t’en souviens peu et tu as raison de faire confiance à la mémoire de tes émotions, aussi défaillante qu’elle soit, elle est sincère.

        C’est peut-être ça le drame d’ailleurs, c’est que tu es sincère, avec tes émotions.

        Aussi lorsque tu dis, à propos des Final Fantasy « Les émotions sont différentes, mais elles restaient dans un registre similaire à mon goût. » ce même élément t’importait peu à propos de Metal Gear Solid 3 sur PS2. Aussi sous l’argument ‘une même saga approfondit son scénario au fil des ans’ tu as redécrit Metal Gear et tu as été amené à utiliser presque exactement les mêmes mots pour le « sortir du 4ème mur » « méchants auxquels on s’attache », ect. Mais cela n’était gênant ni pour toi ni pour le lecteur parce que tu parlais avant tout de tes émotions.

        Or dans le cas d’une saga telle que Final Fantasy, cet argument est très peu valable puisque chaque FF renouvelle intégralement son histoire, son mode de jeu, sa vision du monde.
        Sur une base commune, certes, mais très large : l’émotion procurée au joueur. (mis à part FFXII)

        Tu vois, par exemple je déteste FFXII parce que pour moi la saga est allée trop loin avec lui, privilégiant une sorte de pseudo-grande liberté à la Zelda aux dépens d’une histoire riche.

        En fait, ce que tu as pu écrire sur FF ci-dessus, condense tellement de préjugés que l’on éprouve à l’égard de la saga que ça peut en devenir drôle^^

        Par exemple FFVIII, est tout, mais alors tout, sauf « une histoire d’amour » entre Squall et Linoa. Exprimer une telle chose c’est ne pas avoir joué à FFVIII, c’est s’être arrêté à sa jaquette.
        Qui je suis pour déclarer une telle chose ? Eh bien étant moi-même tombé amoureux d’Aéris dans Final Fantasy VII, j’estime que je suis bien placé pour dire que le joueur, dans FFVIII, se fout totalement de Linoa ou presque.

        Le centre du jeu, c’est l’asociabilité de Squall ! C’est son incapacité à sortir de lui pour aller vers les autres. Entre autre il y a l’histoire d’amour mais elle n’est qu’un prétexte.

        Et si FFVIII peut toucher intimement les joueurs qui y jouent, c’est parce que nécessairement, ils en viennent à s’identifier à Squall, et ce de manière profonde car il touche à un problème universel : celui de la relation à l’autre.
        D’après moi, l’humanité entière peut se retrouver en Squall, car nous pouvons tous comprendre la difficulté qu’il peut y avoir à offrir quelque chose de soi, à s’ouvrir vraiment.

        La révolution apportée par FFVIII c’est de nous confier non seulement les paroles (rares) et les actions de Squall, mais également ses pensées. Squall dresse constamment une façade, mais le joueur lui voit au-delà.

        D’autre part avec FFVIII, le jeu-vidéo atteint un sommet en ce qui concerne la mise en scène. Le jeu ayant à l’époque développé plus grands moyens cinématographiques jusqu’alors mobilisés.
        Il suffit de penser par exemple, à la mission de l’assassinat de la Prêtresse (Fin du CD1) ou encore la bataille entre les deux universités (Fin du CD2) pour que ça apparaisse de manière évidente.

        FFVIII est à ma connaissance l’un des jeux les plus matures de l’histoire du jeu-vidéo. Je ne peux que t’engager à le redécouvrir comme je l’ai fait il y a 1an, il n’a pas pris une ride.

        La prochaine fois, aventure FFIX;)

        • ippo
          24 mars 2011 à 08:58

          Tu as bien fait d’apporter ces précisions importantes au sujet de la Saga Final Fantasy (en tous cas, au sujet des épisodes VII, VIII et bientôt IX).

          Même si je comprends tout à fait ta position sur FF VIII (position d’ailleurs que j’ai vue partagée par d’autres joueurs).
          Seulement, même si mes souvenirs me font défaut et auraient dû être certainement mieux sondés au sujet des œuvres de cette Saga, admettons néanmoins que le plus vif souvenir qu’il me reste 12 ans plus tard, se résume bel et bien en ce quelques réminiscences de scènes de proximité entre Squall et Linoa. Même si Squall l’asocial n’exprimait pas beaucoup ses sentiments, la place qu’il laissait au joueur pour le faire, je l’avais occupée avec mon envie d’alors de trouver l’âme soeur.

          Ce que tu as vécu dans ta proximité avec le personnage d’Aeris, acceptons que j’aie pu le vivre d’une manière quelque peu identique avec Linoa dans cet opus là. Bien que le jeu s’y prêtait moins, rétrospectivement, c’est ce que je retiens de ma propre expérience (au delà de ce qu’affichait la jaquette ;)).

          Parler des émotions ressenties dans le jeu vidéo met forcément l’accent sur la subjectivité.
          Mais une subjectivité liée au contexte, toujours.
          Aux moments de la vie, à notre passé et à nos aspirations futures.

          Un autre exemple, assez fort : ce que j’ai pu vivre avec Heavy Rain, je suis convaincu que cela ne peut pas forcément être appréhendé de la même manière en n’étant pas soi-même parent. Pourquoi ? Parce que l’on ne peut pas imaginer ce que cela fait naître en nous d’avoir contribué à donner la vie.
          D’être responsable d’un petit être, et de recevoir son amour autant qu’on le lui donne. La chair de notre chair.
          Et Heavy Rain nous place dans la perspective atroce de tout perdre. Tout ce qui compte réellement pour nous.

          Du coup, je suis convaincu que ma vision des choses serait très différente pour des oeuvres de la Saga Final Fantasy, 12, 10 ou 5 ans après y avoir joué. Car l’être humain derrière la manette change également.

          Disons que je n’ai pas eu le plaisir de rejouer à tous ces titres là, et que je n’ai pu que faire confiance à la sincérité des bribes de mes souvenirs.
          A l’évidence, Final Fantasy VIII aurait dû figurer dans ce chapitre, et sans doute l’épisode X également…

  2. Stephanos
    23 mars 2011 à 18:47

    Ps : ta description de Shenmue m’intrigue, je chercherai à l’avenir un moyen de l’essayer grâce à l’émulation. +

    • ippo
      23 mars 2011 à 21:25

      Je ne sais pas de quelle manière il peut être joué en émulation.
      Je ne connais que sa version Dreamcast (le 2 étant sorti sur Xbox première du nom).
      Shenmue est une expérience de vie à part dans le jeu vidéo. Un monde vivant (à son rythme) comme jamais auparavant. Incroyable à l’époque, et certainement encore marquant pour qui le découvre aujourd’hui.

  3. Stephanos
    27 mars 2011 à 18:23

    La mort, c’est le thème de fond de Final Fantasy IX.

    Mais pas que. Ce n’est pas la mort qui me vient tout de suite à l’esprit dès que je pense à FFIX.
    C’est le jeu, le fait de jouer, rarement un jeu m’aura fait autant jouer, autant rire, autant éprouver d’amour.

    L’amour d’une part, que les personnages en viennent à ressentir entre eux et qui se construit, sous nos yeux, entier.
    l’amour ensuite que moi joueur j’ai pu ressentir pour tous ces personnages qu’on accompagne autant qu’on s’y identifie et qui ne seront radicalement pas les mêmes entre le début et la fin du jeu, l’amour aussi que je peux ressentir à l’égard de ce jeu qui m’a littéralement éduqué.

    Et je suis sérieux quand je parle d’éducation, car ce jeu (ainsi que les précédents FF et FFX)a probablement eu pour moi au moins autant d’importance que mes parents si ce n’est plus.
    Car, chose importante dont tu parles peu et qui est pourtant omniprésente dans tes écrits : le jeu vidéo, et sûrement encore plus pour ta génération de joueur, a marqué une rupture entre les enfants et les parents. Car avec le jeu-vidéo, les enfants ont pu très tôt, au sein même de la maison, vivre des choses en dehors d’eux, tout comme en dehors de la société ambiante ; élément essentiel dans la construction de leur personnalité.
    Par la suite ce ne sera plus pareil, ou moins du moins ; parents et enfants auront tous deux connu le jeu-vidéo dans l’enfance. Pour nous ce n’est pas le cas, nous incarnons le tournant.

    (je continue) L’amour enfin d’un créateur pour ses personnages et pour les joueurs à qui il destine le jeu : celui d’Hironobu Sakaguchi, un nom tristement absent dans cet ouvrage..
    Hironobu Sakaguchi, intimement lié à Square dès ses débuts (et dont il a même été directeur un moment) a été lié à des projets tels que Secret of Mana, Chrono Trigger, avec Nobuo Uematsu il a créé la saga Final Fantasy en 1987. Final Fantasy IX est le dernier FF où Hironobu Sakaguchi s’implique, totalement. En fait, je pensais même qu’il s’était presque éclipsé par la suite. Mais en faisant des recherches sur lui pour te répondre, j’ai découvert qu’à partir de 2005environ il s’était remis à faire des jeux pour nintendo en fondant le groupe Mistwalker. On lui doit notamment Lost Odyssey dont tu parles dans « Nouvelles façons de jouer »

    Avec Final Fantasy IX, Mais comment en parler ?
    C’est barbare d’en parler comme ça, c’est tout une page qu’il faudrait..
    Tout ce que je peux faire, c’est t’inviter à redécouvrir au moins de début de Final Fantasy IX, la pièce de Théâtre qui sert de Prologue.

    « Les dialogues entre les personnages passent toujours par des bulles et l’action se déroule dans des décors fixes. La théâtralité, de ce fait, fait toujours partie intégrante de l’expressivité de FFVII, VIII et IX. Ce dernier joue d’ailleurs avec cette idée, puisqu’il commence et se termine par une pièce de théâtre. Des trois épisodes sur PlayStation, et peut-être même des neuf premiers jeux de la série, FFIX propose sans conteste l’introduction la plus peaufinée. La vraie intrigue se fond avec la pièce de théâtre, illusion et réalité allant jusqu’à fusionner. Chaque personnage (Djidane, Bibi, Grenat, Steiner et Branet) a droit à sa scène au sein d’un acte, chaque acte menant vers le dénouement. Les personnages finissent par converger au même point pour un grand final hautement dramatique qui n’est pourtant que le début. »

    Extrait ce lien : http://www.ffworld.com/?page=20ans_express
    +

    • ippo
      28 mars 2011 à 08:26

      Je te remercie encore une fois de prendre ainsi le temps de donner ta vision de ces immenses œuvres du jeu vidéo, et de citer également l’un de leur plus fameux auteur en la personne d’Hironobu Sakaguchi, tout comme leur compositeur (attitré en grande majorité), Nobuo Uemastu.
      Ces références font cruellement défaut aux textes ici présents. Je m’en rends d’autant plus compte grâce à tes commentaires passionnés et passionnants !
      Ce sont pourtant des titres que je porte dans mon coeur (en particulier le VII et le VIII comme je te le disais), et des mélodies qui résonnent encore aujourd’hui en moi. Mais que veux-tu, je ne cherche pas d’excuse mais je tente une explication. C’est un fait que je déplore, mais c’est un fait quand même. Ce sont là des jeux auxquels je n’ai joué qu’une fois, au moment de leur sortie. Et de par leur ampleur, leur durée (mesurée en plusieurs dizaines d’heures chacun), je ne m’y suis plus jamais replongé par la suite. Ma mémoire à leur sujet s’est fortement émoussée, et mes quelques souvenirs sont tellement flous que j’ai préféré ne pas véritablement en parler, afin de rester le plus sincère possible sur mes ressentis : j’ai tenté d’écrire ce chapitre en me remettant dans le contexte des expériences dans les époques où elles avaient été vécues.
      C’est à dire en essayant, dans la mesure du possible, d’exprimer un point de vue du joueur que j’étais à l’époque, et pas nécessairement du joueur que je suis devenu. Les souvenirs de ces Final Fantasy du joueur que j’étais à l’époque n’étaient pas assez clairs pour rester sincères dans leur contexte : une relecture faite aujourd’hui aurait été tout sauf spontanée…
      Quoiqu’il en soit, c’est véritablement déchirant de se voir ainsi être passé à côté d’une partie de ses souvenirs (le thème de la mort de ce FFIX par exemple !), laissant leur place à d’autres par la force des choses…

      La remarque que tu fais au sujet de « l’éducation » du jeu vidéo, et de faire partie d’une génération charnière de ce point de vue, est intéressante.
      Cela joue certainement un rôle très important, cette possibilité d’évasion et d’apprentissage en dehors de tout cercle de la réalité, au même titre que la littérature par exemple, à la différence prêt où le jeu vidéo nous rend acteur (et nous donne parfois la sensation, ou la possibilité, d’être face à des choix et de pouvoir y répondre). Et tout comme la lecture, ces expériences font partie d’un ensemble qui nous déterminent, nous, en tant qu’être humain.
      En ce qui concerne l’éducation parentale, il me semble néanmoins que cela ne se déroule pas sur le même plan, et que cela ne se risque donc pas à une comparaison. Les valeurs inculquées par nos parents ne se révèlent pas immédiatement au grand jour. Elles sont distillées intimement au plus profond de nous, sans que l’on s’en rende compte, et surtout, souvent par opposition à ce que l’on voudrait être, ou voudrait faire.
      L’éducation, du point de vue du parent, c’est montrer un chemin, celui d’une justesse qui semble être « la bonne » par rapport à l’expérience faite de la vie.
      Du point de vue de l’enfant, qui essaie de suivre sa propre voie, c’est souvent perçu comme une remise perpétuelle « sur le droit chemin » alors que l’envie profonde reste celle de s’en écarter. De braver les interdits, d’entrer en confrontation.
      Bien des choses nous élèvent dans la vie.
      La recherche d’une construction de Soi nous élève en permanence, grâce à l’ensemble de nos expériences (et le jeu vidéo peut en faire partie). Mais avant cela, nos parents nous ont éduqué, élevé, eux aussi. Ils ont donné naissance à ces racines indispensables. Des racines qui, bonnes ou mauvaises suivant l’expérience de chacun, auront conditionné le chemin que l’on a décidé de suivre. Et qui devient notre propre chemin.

  4. Stephanos
    28 mars 2011 à 22:22

    Bien sûr, le jeu-vidéo fait partie d’un tout, tout ce que tu dis là est juste.
    Ce que je voulais dire, c’est que j’avais 10ans à ma découverte de FFIX.

    Tout cela s’est fait pour moi bien avant que je ne me mette à lire vraiment, ou bien à voir vraiment, que ce soit des films ou des peintures.
    avant que je ne puisse sortir de la maison quand bon me semble pour voir des amis.
    le jeu-vidéo a été un espace de liberté dans lequel j’ai pris de l’indépendance.
    dans lequel j’ai éprouvé des émotions en dehors de mes parents.

    Seulement, ce que je voulais ajouter à propos des Final Fantasy, et notamment du IX, c’est que plus qu’ailleurs j’y ai aussi trouvé des valeurs. Des valeurs avec de l’épaisseur. Et, chose difficile à accepter crois moi, des valeurs que sur certains points j’ai pu trouver meilleures et mieux fondées que celles que me montraient mes parents.

    Peut-être était-ce tout simplement mon âge, mais j’estime que je me suis véritablement éveillé en même temps que ma découverte de ces jeux.
    « distillées intimement au plus profond de nous » c’est exactement cela. C’est cela que je ressens à l’égard de ces FF.
    ça va te sembler très bizarre, mais par exemple dès que j’agis mal, presque systématiquement, ma pensée c’est « Stéphane ! Ce n’est pas ce que Djidane aurait fait. » De même si j’ai un choix à faire, si je veux être au plus proche de moi-même, je vais chercher en moi Djidane ou encore Bibi et ils m’aident à me retrouver. Ils ne m’imposent rien. Ce sont juste pour moi des amis, irréels certes, mais des amis, et ils sont là, toujours, entiers.

    ^^ Bonne nuit

    • ippo
      29 mars 2011 à 08:25

      Je te comprends parfaitement Stéphane.
      Tu as raison d’insister sur le fait que tu avais 10 ans à l’époque.
      Ce point là est essentiel, et je l’ai sans doute négligé !

      Cela ne me semble pas « très bizarre ».
      Je ne porte aucun jugement sur ce que tu avances, ton parcours, sur les valeurs véhiculées par le jeu et sur le fait que tu t’y réfères encore aujourd’hui.
      Ce qui compte, ce sont ces valeurs elles-mêmes et ce que tu en fais chaque jour.
      En ce qui concerne la mise en balance avec certaines valeurs inculquées par tes parents, il faut parfois du temps pour comprendre qu’il n’y a pas forcément de mauvaise valeur. Il y a les leurs, et il y a les nôtres. C’est tout.
      Certaines convergent, d’autres divergent. C’est tout.
      Des « mauvaises » valeurs ont parfois l’avantage de nous faire réaliser qu’il est préférable de nous diriger vers celles qui nous semblent les « bonnes ». Mais sans ces mauvaises valeurs, nous serions nous dirigés vers ces bonnes valeurs à nos yeux ?
      Le rôle de parent ressemble à un exercice d’équilibriste. Parfois cela penche d’un côté, parfois de l’autre, difficile de trouver un juste milieux.
      En grandissant, on a l’impression de mieux réussir l’exercice, peut-être parce que l’on ne se trouve pas nous-même sur ce fil…
      Mais finalement, je me retrouve aujourd’hui dans la position d’équilibriste à mon tour, et je cherche l’équilibre des valeurs en permanence… alors je compatis en repensant à l’exercice de mes parents ;).

      Le jeu vidéo a aussi été pour moi « un espace de liberté dans lequel j’ai pris de l’indépendance et dans lequel j’ai éprouvé des émotions en dehors de mes parents ».
      C’est très juste, et je ne peux que te comprendre.

      Merci pour la franchise et la spontanéité de tes propos.

  5. Stephanos
    29 mars 2011 à 14:06

    Je suis content de voir qu’en faisant cette balance nécessairement maladroite et abusive avec les parents, je t’aie fait réagir vivement.

    Car au fond ce que je voulais que tu comprennes c’est ce que j’avais pu ressentir à la lecture de cette page. Et presque, de manière indigne(, indigne d’FF) te faire ressentir cette même chose.

    En voulant te faire comprendre ce rapport au caractère ‘sacré’ que j’entretiens avec Final Fantasy, (tout comme je peux en ressentir un envers les oeuvres d’Isao Takahata et d’Hayao Miyazaki) j’ai mal agi. Et je suis désolé. Car tout cela était évidemment égoiste. Tu n’es en rien en cause : comme tu le dis justement « une relecture faite aujourd’hui aurait été tout sauf spontanée… »

    Aussi je te dis moi aussi, encore une fois, merci pour cette spontanéité. Elle fait la qualité de Ton oeuvre, qui devient de plus en plus chère à mes yeux.
    +

    ps : Bon courage pour ce difficile excercice que celui d’être père !

    • ippo
      29 mars 2011 à 14:51

      Tu n’as pas mal agi, cela m’a amené à réfléchir… puis à simplement constater et enfin te dire « pourquoi » (une telle absence de traitement de ces œuvres). Passé la déception de ne pas avoir su parler de ces œuvres, je range ceci dans la catégorie des regrets : regret d’avoir autant oublié. Mais un regret reste un regret, cela ne provoque pas d’animosité ni d’agacement. Ce texte est ainsi fait ;).

      Mais tu as bien fait d’insister sur ces points, et je comprends tout à fait ce que tu veux dire par le caractère « sacré » qui nous lie intimement avec telle ou telle personne (proche ou non, réelle ou non), et telle ou telle œuvre.
      Cette relation intime qui nous relie avec autant de puissance à une personne ou une œuvre, cela fait parfois naître l’envie de crier notre amour pour elle.
      Pour la défendre, sans doute.
      Ce que tu as fait au sujet de Final Fantasy, c’est d’une certaine manière ce que j’ai fait dans toutes ces pages. En tous cas, ce qui en a peut-être été la motivation au départ : vouloir « défendre » ce que j’aimais.
      Et puis finalement, cela c’est métamorphosé au fil du temps.
      Depuis, j’ai le sentiment d’avoir décrit de quelle façon j’ai aimé sans chercher à tout prix l’adhésion à cet amour (chez le lecteur).
      Ce qui compte, c’est l’amour (d’une œuvre) tout court.
      Si ce que j’ai pu écrire sert à réveiller une émotion, même si cette dernière est très différente de la mienne, c’est tout ce qui compte ! Si en plus cette émotion est positive, alors j’aurais atteint mon véritable objectif.
      Tout ce que tu as pu dire à travers tes commentaires, cela regorge d’éléments positifs : tu parles de construction, d’apprentissage, de cheminement, d’éducation. Tu avais quelque chose à défendre, et tu as bien fait de le faire :).

      PS : Merci ! Disons que ce n’est juste qu’une question d’équilibre…

  6. 23 mai 2011 à 14:11

    Stephanos :
    Ps : ta description de Shenmue m’intrigue, je chercherai à l’avenir un moyen de l’essayer grâce à l’émulation. +

    Sinon, le 2 sur xbox est parfaitement jouable sur Xbox 360, par exemple

    • Stephanos
      5 juin 2011 à 23:49

      Merci Seb22 ! Malheureusement je n’ai pas de Xbox 360..
      Ps : j’ai lu presque tout ce que tu as publié jusqu’à aujourd’hui sur « Ta carrière », ta démarche n’est pas la même qu’Ippo vu que tu ne t’adresses pas à des non joueurs mais tu as un enthousiasme très agréable à lire ! (en plus d’être hyperdocumenté:/
      Bonne suite de publication;)

      • 6 juin 2011 à 10:05

        C’était aussi pour donner l’info à tout lecteur qui passerait par là.

        Merci pour tes encouragements, effectivement, on ne s’adresse pas du tout au même public (ma pauvre maman qui tient à tout lire en fait les frais 🙂 ).

        Ton compliment sur mes recherches documentaires me touche car j’y mets effectivement un point d’honneur.

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