Introduction

Jeux Vidéo : La Passion des Émotions
Pages 166 – 167
Cet ouvrage a été rédigé au printemps/été 2010
Publié le 01/04/2011

LEVEL 3 : « Au-delà du jeu »

A cœur ouvert

Comme bon nombre de loisirs culturels de l’ère numérique, le jeu vidéo peut également, et malheureusement, subir les foudres sournoises de ses propres usagers. Non pas, cette fois-ci, au sujet de son image ou de sa perception, mais plutôt dans l’approche du jeu par les joueurs eux-mêmes.

Une approche qui manque parfois, peut-être, de recul et de respect. Que ce soit envers une industrie et des moyens de diffusion dans leur globalité, mais finalement envers des équipes de développement, des studios de création et des artistes, des femmes, des hommes, qui contribuent à faire exister et vivre les œuvres qui nous divertissent, passionnément ou plus épisodiquement.

Au même titre que l’industrie de la musique et du cinéma, le jeu vidéo n’échappe pas au vice du piratage. Mais là où il y a vingt ans, le pirate était aussi rare et discret que le père de famille qui disposait à la maison de deux magnétoscopes pour dupliquer les cassettes VHS loués au vidéoclub du quartier, il est aujourd’hui bien plus aisé, bien plus répandu, et bien plus « normal » d’obtenir gratuitement des œuvres « comme tout le monde le fait ! ». Et dans le cas de certaines consoles de jeux, par exemple la Nintendo DS, on a véritablement pu assister à une démocratisation d’un acte parfaitement illégal. Il n’est plus question d’être un expert en informatique ou en électronique, d’appartenir à un réseau de connaisseurs ou de receleurs qui vendent les jeux sous le manteau. Aujourd’hui, le pirate de jeu vidéo ne se cache plus vraiment. Dans les cours d’école primaire, les enfants évoquent désormais les jeux que papa ou maman leur ont téléchargés la veille. Papa et maman qui avaient même, parfois, sélectionné sur la liste du Comité d’Entreprise le précieux sésame illégal qu’il suffit d’insérer, sereinement, le 25 décembre au matin dans le dos de la console portable déposée quelques heures plus tôt par un Père Noël tout à fait High-tech, et frénétiquement déballée par leur tendre progéniture, pour que cette dernière puisse profiter de dizaines de jeux dont ils ne connaissent ni la jaquette, ni le genre, ni même le nom.

Plus un méfait devient normalité, plus il est difficile de lui réattribuer sa véritable condition. Et plus il sera délicat de prendre conscience que cette normalité, ce que tout le monde fait aussi de son coté, ce n’est pas juste. C’est idiot. Presque une Lapalissade, oui. Car voler ce n’est effectivement pas juste. Mais encore faut-il comprendre ce que l’on vole. Faire comprendre aux parents insouciants et aux enfants (ir)responsables. Ou plutôt l’inverse.

Pirater, voler un jeu vidéo pour soi, pour son enfant, pour son proche, ce n’est pas qu’obtenir un loisir « sans le payer ». C’est aussi ne pas rétribuer le travail, l’audace et l’ingéniosité des créateurs, des éditeurs… ce qui peut provoquer à terme un préjudice radical voir définitif pour les plus petits et fragiles d’entre eux. Mais là encore, rien de bien nouveau. Tout le monde le sait déjà, non ? Si. Sûrement. Et quand bien même, le dire et le répéter, cela ne coûte rien, et il en sera question dans la suite de ce chapitre.

Tout comme savoir se taire. Cela ne coûte rien non plus. Ne pas céder à la critique facile, mais essayer de voir, comprendre et comparer. De se positionner avec son expérience plutôt que son jugement. Encore une fois, respecter. Sauf qu’une parole douce se fera toujours beaucoup moins entendre qu’un cri de rage. Et avec l’Internet, la parole, dans son extraordinaire et exponentielle multiplication, aura tôt fait de submerger les moins courageux ou les moins persévérants. Etat de fait réaliste, ou pessimiste, en attendant des jou(eu)rs meilleurs ? Probablement. Mais pour l’heure, certains échanges sont stériles, certains terrains glissants, certains avis mal accueillis ou pire : ignorés. L’Internet a donné la liberté de réagir, d’exprimer sa pensée, participer à la discussion dans des espaces de commentaires ou des forums. Un article reviendra ainsi sur une expérience toute personnelle, mais qui aura vite été confrontée aux limites de cette liberté, soumise à l’affluence d’avis de joueurs en quête d’influence.

Alors, dans ce chapitre, il ne s’agira clairement pas de tenter de s’imposer comme donneur des leçons, y compris au sujet des « préjugés et autres idées reçues », mais toujours d’essayer d’exprimer un point de vue personnel, d’un joueur parmi les joueurs, sur des thématiques qui me tiennent réellement à cœur. Peut-être y serez-vous sensible. Peut-être pas.

Mais je ne doute pourtant pas que ces sujets vous fassent réagir, réfléchir, prendre position, et, pourquoi pas, ajuster ou conforter votre propre point de vue sur des problématiques finalement assez proches dans d’autres médias culturels…

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  1. 24 mai 2011 à 09:26

    Si je ne me trompe pas, c’est le même texte (du moins pour les forums) que celui qui a été sélectionné par Gameblog, non ?

    Tu l’as d’abord écrit pour ton livre puis extrait pour le mettre sur GB ou le contraire ?

    Question subsidiaire : quels ont été tes critères pour sélectionner certains articles et les publier sur GB ?

    • ippo
      24 mai 2011 à 14:00

      Oui, il s’agit du même texte que celui sélectionné en février 2010 sur Gameblog.

      C’est, chronologiquement, bien le premier texte que j’ai écrit. Oui.
      C’est ensuite, lors de l’écriture d’autres textes que j’ai compris « pourquoi » je désirais écrire et « comment » je souhaitais produire quelque chose qui ait un sens autour de ce besoin, de cette envie de partager ces choses là.

      Pour répondre à ta question subsidiaire : au départ je publiais tout ce que j’écrivais sur GB (enfin, « tout », c’est un tout petit nombre de textes). Je voulais savoir si cela trouverait un écho. Ensuite, dès que l’idée du projet d’écriture complet s’est présentée à moi, et que j’ai essayé de la faire mûrir un peu, je n’ai plus rien publié du tout. Le contenu est resté « confidentiel » au sein des échanges avec diverses personnes du milieu de l’édition spécialisée ou du journalisme spécialisé lui aussi.

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